Actualité 11 07 2013

Google Hangout : l’outil de communication qui monte

La Netscouade

Par La Netscouade

Du 2 au 8 juillet 2013, trois personnalités politiques françaises se sont prêtées à l’exercice du débat-vidéo en direct (Google Hangout) : Arnaud Montebourg (ministre du Redressement productif), Thierry Repentin (ministre délégué aux Affaires européennes) et Philippe Marini (Président de la commission des finances du Sénat). Le Google Hangout n’est-il qu’une mode ou un véritable exercice politique pertinent et innovant ?

Un peu d’histoire : la première personnalité politique à avoir utilisé le hangout est Barack Obama. Le Président des Etats-Unis (et également des réseaux sociaux, fort de son équipe de 750 community managers) s’est prêté à cet exercice par deux fois : le 31 janvier 2012 et le 14 février 2013.

En France, Philippe Marini, président de la commission des finances du Sénat, est le précurseur puisqu’il a participé au premier hangout politique français le 12 novembre 2012, pour un débat sur la fiscalité numérique. Cette première expérience concluante a conduit à un deuxième hangout organisé le 8 juillet dernier et consacré aux déficits, à la fraude fiscale et à la transparence.

Depuis le 12 novembre 2012, trois autres politiques français ont participé à ce type de vidéoconférence : Arnaud Montebourg (sur l’économie française) et Thierry Repentin (sur la coopération franco-allemande), donc, mais aussi Najat Vallaud-Belkacem (sur l’emploi). C’est pour l’instant assez peu, mais le fait que ces hangouts ont presque tous été organisés en juin/juillet laisse augurer un usage plus fréquent de ce mode de communication. Le gouvernement réfléchirait à inciter plus de ministres à s’en servir, notamment pour mieux expliquer des projets de loi.

 

Une déclinaison nouvelle de l’interview politique

La communication politique a la nécessité de s’adapter aux innovations technologiques. Les experts considèrent John F. Kennedy comme le premier Président à avoir su utiliser le potentiel de la télévision. Depuis 2008, Barack Obama est cité pour être le premier Président à avoir utilisé Internet comme nouveau medium de persuasion et de militantisme. A une époque où les élus sont jugés éloignés des préoccupations des citoyens, le hangout permet de rétablir une (impression de) proximité et de redéfinir l’interview politique.

Techniquement, le hangout s’apparente à une émission de télévision (ou un programme de radio – programmes de plus en plus filmés et diffusés en direct sur Internet) mais le ton est plus décontracté : pas de public, une équipe technique réduite et une pluralité d’intervenants. Le second débat-vidéo de Barack Obama s’appelle à juste titre « Fireside hangout », une discussion au coin du feu. Etymologiquement, le mot « foyer » vient de « feu ». Ceci n’est pas un hasard. Malgré l’éloignement réel entre Obama et les citoyens, ce dispositif est là pour leur faire croire que tout se passe « à la maison ». Le décor derrière Barack Obama est très signifiant : le drapeau du pays, une bibliothèque sommaire et un pot de fleurs. Une sobriété quasi-janséniste pour que tout soit « normal ».

Hangout Obama

La décoration sobre de la Maison Blanche : Valérie Damidot n’y travaille pas.

 

Dans ce nouveau cadre familial, la discussion a tout pour être plus apaisée qu’à la télévision – un lieu où le système pousse les journalistes (et les citoyens qui y interviennent ponctuellement lors de périodes électorales) à hausser le ton et faire surréagir le politique, en rêvant d’un hypothétique « clash » susceptible de passer en boucle dans les médias les heures suivantes. La montée en puissance de l’infotainment et de la place du politique dans les médias pousse les élus à entrer dans la logique de « lutte des clash ». Gueuler pour exister. Le succès télévisuel de personnalités comme Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Bernard Tapie confirme cette tendance lourde.

Le hangout permet de recentrer plus calmement le débat politique, ce qui n’empêche en rien les questions pertinentes. Najat Vallaud-Belkacem avait présenté son hangout comme un « porte parolat numérique ». Arnaud Montebourg avait employé l’expression « colbertisme participatif », en précisant qu’Internet était pour lui « un lieu où les citoyens peuvent interroger le pouvoir, ses choix, ses orientations, ses décisions ».

Moins polémique que l’entretien politique classique, le hangout navigue entre opération de communication assumée (mais tout n’est-il pas communication en politique ?) et dialogue de terrain avec le citoyen. Moins de place à l’idéologie, plus d’importance aux faits et aux actions des politiques.

Deux types de hangouts sont possibles : soit le débat-vidéo entre une personnalité politique et des journalistes, soit un débat entre une personnalité politique et des citoyens.

 

Le hangout avec journalistes : des intervenants nouveaux

Le hangout donne la possibilité à des intervenants inhabituels de prendre la parole. Sans tomber dans la critique frontale des « nouveaux chiens de garde » des médias, force est de constater que les débats audiovisuels laissent une très grande place à une nébuleuse de cumulards à la longévité plus qu’étonnante. Les fameux « éditocrates ».

On a tendance à l’oublier… mais il y est possible de parler d’économie sans inviter Jacques Attali. Il est possible de parler géopolitique du Proche-Orient sans laisser monologuer Bernard-Henri Levy. Pensez donc : il est même possible de parler politique française sans consulter Christophe Barbier, éditorialiste bien connu au don d’ubiquité sans pareil.

Prenons l’exemple des deux hangouts du sénateur Philippe Marini.  Le premier, consacré à la fiscalité numérique, a fait appel à des spécialistes tels que Richard Menneveux (Frenchweb), Antoine Bayet (Le Lab Europe 1), Guillaume Champeau (Numerama) et Erwann Gaucher (Cross Media Consulting à l’époque). Si leur nom ne dit peut-être pas grand chose à la fameuse ménagère de moins de 50 ans (ce concept anté Mad Men, tout à fait contemporain de Jacques Séguéla), ces journalistes sont des références dans le milieu numérique même s’ils sont peu visibles hors du web. Une vincentgladisation n’est pas exclue pour certains.

Pour son second hangout, consacré à la fiscalité et à la transparence, Philippe Marini s’est entretenu à un autre panel de spécialistes : Laurent Bigorgne (directeur de l'Institut Montaigne), Pierre Guillou (fondateur d'Elus 2.0), Georges Ugeux (auteur du blog Démystifier la finance) et Charlotte Cabaton (Atlantico). Exit les Attali et les Minc. Place à d’autres voix pour un débat plus ouvert.

 

Une écoute plus grande du citoyen

Deuxième possibilité du hangout : faire dialoguer la personnalité politique avec un panel de citoyens. C’est la solution choisie par Barack Obama, Arnaud Montebourg et Najat Vallaud-Belkacem.

La participation citoyenne est plus forte aux Etats-Unis, surtout si c’est le Président du pays qui intervient. Qui plus est, la culture des clips vidéo y est plus développée qu’en France. La grande majorité des élus (Ministres, Réprésentants ou Sénateurs) ont leur propre chaine Youtube. Pour le premier hangout de Barack Obama, plus de 227 000 personnes avaient soumis une question par vidéo. Google et Youtube avaient ensuite sélectionné les questions qui avaient reçu le plus de votes positifs.

JFK

Plus besoin d’être Marylin Monroe pour parler au Président !

 

En France, il est difficile de mesurer les audiences de ces hangouts car les statistiques des vidéos ont été désactivées. Encore confidentielles, il est vraisemblable que ce type de vidéoconférences participatives se développe dans les mois à venir.  Son utilisation dans la campagne des élections municipales 2014 fait peu de doute : qui sera le premier à organiser son hangout ? Ce rendez-vous en ligne deviendra-t-il rapidement aussi fréquent et commun qu’un billet de blog, un « chat » ou un live-tweet ?

 

Le hangout : nouvel outil de communication pour les entreprises

Au delà de son usage politique, le hangout est un formidable outil de communication pour les entreprises et les marques. Le 13 mars dernier, le Président du France Télévision, Rémy Pfimlin, a participé à un hangout avec huit experts pour parler de l’actualité du groupe, des médias et du numérique. Pas besoin d’organiser une conférence de presse ou un colloque tenant compte de l’agenda des participants : un ordinateur et une connexion Internet suffisent pour participer à l’événement. Comme l’explique l’équipe de France Télévision, « le Web abolit les frontières, fluidifie la communication et facilite les échanges entre acteurs qui partagent les mêmes passions ».

Le hangout peut ainsi s’imposer comme un outil fédérateur pour des communautés et des cibles bien définies. Une entreprise peut présenter son nouveau produit et en débattre en direct avec des experts et des blogueurs. C’est une façon de dynamiser et de rendre plus transparents les fameux « rendez-vous blogueurs » organisés par des entreprises (souvent dans la mode, les cosmétiques et l’alimentation).

Abracadacraft

Couture interactive avec Abracadacraft.

 

Le hangout permet également la création d’ateliers ludiques. C’est le cas avec Abracadacraft, un portail communautaire sur le thème du craft référençant le meilleur des blogs créatifs, qui organise régulièrement des émissions interactives sur la couture et le « do it yourself ». Dans le but de mieux décorer la Maison Blanche ?

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