Actualité 19 09 2011

Les 5 meilleures conférences de l’Open Knowledge Conference 2011

La Netscouade

Par La Netscouade

Le week-end du 29 juin, se tenait à Berlin la grande foire de la culture libre à l’Open Knowledge Conference organisé par l’Open Knowledge Fondation. Cette année, l’accent était mis sur la grande tendance du moment : l’open data dont on commence à soupçonner les possibilités de réutilisation des données publiques comme privées. Trois grandes thématiques « open » sont ressorties des 2 jours de débat : l’open data, l’open culture et enfin l’open source.

 

 Voici un résumé des 5 meilleures conférences de l’Open Knowledge Conference :

 

 

1. Richard Stallman - Free/Libre Software and Open Data

 

 

 

Inutile de présenter Richard Stallman ? Tous les geeks pensent le connaître mais un réflexe presque pavlovien nous pousse à l’associer au mouvement open source. Voilà qui a le don d’irriter au plus haut point l’informaticien californien à la barbe légendaire. Pour Stallman, l’open source se trompe fondamentalement par son insistance dans le besoin d’un code ouvert qui serait source d’un logiciel plus performant. Si la source ouverte est meilleure pour la Free Software Foundation qu’a créé Stallman, c’est parce qu’elle donne une meilleure garantie des droits et libertés de chacun dans l’univers numérique. Ainsi, un logiciel libre dans un environnement qui ne l’est pas ne garantit pas des logiciels « malicieux » qui pourraient piétiner nos libertés fondamentales.

Chez Stallman, la suspicion est partout et le moindre logiciel non libre est un agent qui peut empoisonner le système entier. Son discours prend alors la tournure d’un prêche quand il se plait à égrener les vices du monde « propriétaire ». Les formules aiguisées savent appâter une audience technophile qui reconnaitra le meme lorsqu’il s’exclame « All your books belong to us » en rappelant l’affaire de l’effacement des e-books de 1984 d’Orwell sur le Kindle d’Amazon (rebaptisé Swindle). Dans la même veine, l’iPad devient l’iBad et on voit se décrire les contours d’un « axe du mal » numérique contre lequel Stallman revendique 20 ans de militantisme.

Qu’il agace ou qu’il fascine, Richard Stallmann nous rappelle les dangers du monde numérique qui pourrait dessiner un monde de contrôle sans accès aux codes des dispositifs qui encadrent progressivement nos vies. Invité à parler d’open data, il a préféré organiser une vente aux enchères de l’emblème de la GNU Fondation, un gnou en peluche vendu à 120€.

 

Aller plus loin :

- site de la Free Software Fondation

- site perso de Stallman

- « Why Open Source misses the point of Free Software » sur le site du GNU Project 2.

 

 

2. Benjamin Mako-Hill (MIT) – When free software isn’t better

 

Légende : Benjamin Mako-Hill – CC Joi (Flickr)

 

Pour une personne qui siège aux côtés de Richard Stallman au board de l’Open Knowledge Fondation, Benjamin Mako-Hill qui enseigne au MIT et termine une thèse au Berkman Center à Harvard a fait grincer quelques temps dans le petit monde du logiciel libre la première fois qu’il a donné cette conférence. Pourtant, ce raisonnement par l’absurde a donné lieu à la meilleure définition des forces du mouvement free software.

« Mako » explique que notre vision du mouvement FLOSS (Free/ Libre Open Source Software) souffre de conceptions erronées qui nous empêche de voir la vraie force du free software qui est de garantir nos libertés.

D’abord, le mouvement open source vit une forme de « complexe de supériorité » qui nous pousse à croire qu’un logiciel libre est forcément meilleur. Cette croyance vient de l’imaginaire collaboratif du logiciel libre qui présume que tout projet open source serait le fruit d’un travail de collaboration entre plusieurs développeurs. Le chercheur a pu étudier les statistiques des principaux sites où sont hébergés les projets open source (GitHub, Google Code) et s’est rendu compte que, dans la très grande majorité des cas, le nombre de développeurs ayant collaboré est : 1. Même dans les projets les plus réussis (avec X téléchargements), la très grande majorité est d’un voir deux développeurs impliqués.

En réalité, l’open source incarne une des grandes forces de la culture numérique qui est de rendre l’échec comme le succès accessible au plus grand nombre.

Mako, dans le cadre de sa thèse, a interviewé des développeurs qui ont mis en ligne des logiciels restés inaperçus. Ces développeurs admettent bien volontiers que leur logiciel n’a pas rencontré de demande du public et expliquent que cela ne leur pose aucun problème, qu’il s’agit simplement du jeu de l’open source. Chacun pouvant apporter sa pierre à l’édifice en proposant un nouveau logiciel ou en reprenant un code à l’abandon, le logiciel libre crée un foisonnement et une richesse que les contraintes de rentabilité du monde commercial rendent impossibles.

En insistant sur les échecs et les faiblesses, Mako parvient à mettre en avant la vraie force du mouvement free software qui est d’insister sur les libertés à l’heure où les smartphones mettent dans notre proche un outil de contrôle sans précédent qui enregistre à la fois notre position géographique, des images et notre environnement sonore.

Aller plus loin :

- sa présentation « When Free Software isn’t better »

- le site personnel de Benjamin Mako-Hill qui comprend la référence de la plupart de ses travaux

 

 

3. Brewster Kahle- Towards Universal Access to All Knowledge

 

Brewster Kahle est une de ses personnes fascinantes qui tranquillement et silencieusement changent le monde. Président de l’Internet Archive, Brewster s’est fait connaître avec son projet d’Internet Archive qui nous permet de remonter dans les profondeurs de l’histoire du web.

Enthousiaste et ambitieux, Brewster Kahle est venu présenter une multitude de projets dont l’idée forte se résume simplement : assurer la pérennité de la richesse de la culture numérique à travers les générations. Dans cette optique, l’Internet Archive a mis en ligne Text Archive qui veut être l’équivalent libre de Google Books dont la licence est encore jugée inacceptable par de nombreuses bibliothèques européennes. Text Archive a numérisé plus de 2,5 millions de livres dans des formats et des licences qui permettent une réutilisation par le plus grand nombre.

 

 

Brewster va même plus loin en donnant une seconde vie à ces livres numériques avec le projet Internet Archive Bookmobile, une camionnette-librairie équipée d’une imprimante numérique qui propose pour 1$ l’impression d’un des millions de livres disponibles.

Toujours à la recherche de nouveaux matériaux à sauvegarder et partager, Brewster a entrepris d’archiver près de 500 000 vidéos libres et 1million d'heures de télévision toujours sur Archive.org avec le projet Moving Images Archives qui inclut aussi plusieurs milliers de jeux vidéos archivés et libres.

Enfin, ces nouveaux Alexandriens comme ils se plaisent à s’appeler veulent mettre un terme à la volatilité du numérique qui n’offre aucun support pérenne. Archive.org vient d’annoncer qu’ils allaient sauvegarder au format papier une copie de chaque livre publié dans le monde, le tout conservé dans d’immenses containers protégés dans un abri antisismique.

Aller plus loin :

- le site Archive.org

- le TED Talk de Brewster Kahle

- « Internet Archive starts backing up digital books on paper » sur le site ArsTechnica

 

 

4. Pete Forde - BuzzData: a social data hub

 

 

Avec le canadien Pete Forde, co-créateur de BuzzData, pas de propos grandiloquants sur les promesses « époustouflantes » de l’open data mais un outil simple pour donner accès à tous aux données publiques.

Buzz Data part du constat que le développement des initiatives open data ne peut se faire si les données sont éparpillées en autant de plateformes. BuzzData propose de rapprocher des sets de données avec des utilisateurs qui travaillent sur ces thématiques.

Sur BuzzData, chacun peut très simplement proposer ces données et en discuter avec la communauté. Le système a un fonctionnement très proche de celui de Quora, le service de questions/réponses où chacun peut suivre un utilisateur ou une thématique pour voir apparaître les sets de données et les visualisations associées.

Pour l’instant, BuzzData est en béta privée mais on peut parier que cette plateforme jouera un rôle majeur dans l’accessibilité au plus grand nombre de l’ouverture des données publiques.

Aller plus loin :

- le site de BuzzData

 

 

5. Nina Paley - Freeing Copyright for Art and Profit

 

Last but not least, Nina Paley a fermé le bal avec une présentation brillante de ses derniers travaux artistiques et militants en faveur de la culture libre et du partage culturel sur internet. Cartooniste et animatrice de renom, Nina Paley est notamment connue pour son long métrage Sita Sings the Blues, réalisé entièrement par ses soins entre 2004 et 2008, et diffusé en Creative Commons (by-sa) à partir de 2009.

Une fois la salle sous le charme des animations présentées (voir ici, ici et ici), Nina a défendu son « Rantifesto », un manifeste pour la culture libre construit en opposition aux définitions de « liberté » portées par les militants du logiciel libre comme Richard Stallman. Elle dénonce la confusion qui règne autour des licences couramment utilisées sur le web, à commencer par les Creative Commons.

« L’écosystème culturel est menacé par la prédominance des restrictions d’utilisation des travaux à des fins commerciales. Elles perpétuent des monopoles commerciaux autour des travaux. Pour des artistes professionnels comme moi, ces restrictions sont aussi néfastes que la restriction sur la modification des travaux. Il y a un énorme malentendu sur l’emploi des termes “culture libre“ ou de la licence “copyleft“ »