Actualité 16 11 2012

Quel avenir pour les pure-players en France ?

La Netscouade

Par La Netscouade

La presse française, si décriée, trouvera-t-elle son salut dans les pure-players, ces journaux qui ne publient que sur le web ? La master class de l’école de journalisme de Sciences po s’est penchée sur la question, le jeudi 8 novembre dernier, en recevant Nicola Bruno et Rasmus Kleis Nielsen, chercheurs pour le Reuters Institute for the Study of Journalism. Nous y étions. 

 

Les pure-players : quelles pratiques en Europe ? 

Comment travaillent les pure-players d’Allemagne et d’Italie ? Les deux chercheurs ont comparé les pratiques dans ces deux États aux pratiques françaises en raison de la proximité des caractéristiques de chaque lectorat. Le cas américain aurait été intéressant, mais incomparable avec ces Etats européens en raison de la grande différence en terme d’audience.  

Outre-Rhin, considèrent les chercheurs, un pure-player a davantage de chance de réussir qu’au Danemark, tout simplement parce que la base de lectorat est plus large. L’exemple du Netzeitung.de vient alors rapidement sur la table, puisque ce journal est considéré comme le premier pure-player, né en 2001. 

Bien que pionnier en la matière, le journal s’est rapidement fait dépasser par d’autres titres de la presse traditionnelle, comme Bild. Se contentant de copier sa version print sur le web, Netzeitung.de n’est pas parvenu à agréger une audience fidèle.

 

 

Autre pure-player, toujours en Allemagne, PerlenTaucher.de, a lui, plutôt réussi. Le journal a développé un usage dédié au web : l’agrégation de contenus de blogs. Un usage ad hoc en cohérence avec le support (le web) qui a sans doute été la clé de son succès : l’audience (de niche) a été trouvée et fidélisée par le travail de redirection des blogs. 

En Italie, aucun pure-player n’est apparu avant 2010, et IlPost.it. Quelques autres journaux 100 % web ont suivi, comme Linkiesta.it et Lettera43.it. Malgré la créativité dont ont su faire preuve les créateurs de ces journaux – Linkiesta est par exemple détenu par 80 actionnaires, dont chacun ne peut détenir plus de 5 % des parts –, le modèle économique n’a pas fonctionné. Les chercheurs concluent à un échec.

 

Les pure-players en France : une anomalie ? 

Et en France ? Pour commencer, une particularité bien française : notre pays compte 12 pure-players, beaucoup plus que les autres pays européens. Le pionnier en la matière est Agoravox. Créé comme une alternative aux médias traditionnels, le journal a su s’imposer dans le paysage journalistique français.  Les chercheurs confirment en effet qu’Agoravox a su créer « une vraie communauté, 60 000 contributeurs ayant publié au moins un article, en France. » Ceci étant, la communauté de contributeurs et de lecteurs a commencé à décliner. Pour expliquer ce déclin, les chercheurs s’interrogent : à l’âge de Twitter, les médias de journalisme citoyen sont-ils encore nécessaires ?

Les pure-players comme Rue89 sont considérés comme un échec pour les chercheurs, malgré leur apparent succès en terme d’audience : leurs modèles économiques n’ont pas su les rendre autonomes. Malgré l’idée de la diversification (cf. plus bas) en matière de rentrées financières, Rue89 est un exemple probant : endetté, le journal a été racheté par Le Nouvel Observateur

 

 

 

Seul Médiapart est considéré comme une réussite : rentable depuis 2011, le canard s’est imposé dans le paysage français comme le pure-player de référence grâce à un parti pris gagnant : faire payer les informations. Bien entendu, ce pari n’aurait peut-être pas été couronné de succès sans le charismatique Edwy Plenel à sa tête, ainsi que les scoops dénichés par la rédaction (notamment l’affaire Bettencourt).  

Les pure-players : quel modèle économique ?

L’argent restant le nerf de la guerre, reste à voir quels modèles économiques sont possibles pour les pure-players. Est-il possible de gagner de l’argent seulement en produisant de l’information ?

À rebours des discours selon lesquels la gratuité de l’information sur le Net a imposé une jurisprudence en la matière, incontestablement oui : les chercheurs prennent là encore Médiapart comme modèle. Sans aucune autre source de revenus que ses informations, le canard d’Edwy Plenel a réussi à contredire les fossoyeurs de l’information payante.

 

 

D’autres, comme Rue89 ou PerlenTaucher.de (Allemagne), ont misé sur la diversification des revenus. Rue89 génère par exemple 25 % de ses revenus grâce aux services qu’ils proposent (réalisation de sites internet et formation), mais 50 % de ses revenus sont issus de la publicité. Une publicité en ligne qui n’a pas tenu ses promesses : à l’origine de Rue89, son directeur, Pierre Haski, prévoyait un euro pour chaque visiteur unique sur le site. La réalité s’est révélée moins avenante : moins de 50 centimes d’euros ont été générés par visiteur unique. 

 

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