Actualité 05 04 2012

Veille : Qu'apporte le web à la politique ?

La Netscouade

Par La Netscouade

L’ouverture des données engage dans la voie d’une gouvernance plus participative

  • Aux Etats-Unis, la ville de San Francisco a été, à l’initiative de son ancien maire Newsom Gavin en 2009, l’une des premières à s’engager dans l’open data. Malgré cet esprit d’ouverture, Luke Fretwell, fondateur de Govfresh constate que dans les faits il reste à faire: le portail dataSF, complété en décembre 2011, reste relativement modeste, EcoFinder, une des plus importantes applications d'open data de la ville, n'est même plus disponible en téléchargement sur i-Tunes et il est encore bien rare de trouver des logiciels open source dans les administrations. Un climat de relative inertie donc, qui tend visiblement à changer avec la récente ouverture des données aux développeurs…
  • Car l’administration semblait jusqu’à présent rechigner à leur laisser utiliser ses données publiques en monopolisant un marché au lieu de l’ouvrir à l'innovation entrepreneuriale. Une startup en avait fait les frais : elle avait en effet proposé une application open source à l'administration, laquelle, ayant trouvé les ressources pour en imiter les fonctionnalités, l’avait finalement elle-même développé.
  • Dans une liste de propositions, Luke Fretwell engage le maire actuel à davantage collaborer avec les développeurs, tirer parti des technologies « made in SF » (Twitter, Instagram, Youtube etc.) et privilégier l’open source pour construire un vrai gouvernement ouvert.
  • En France, les initiatives d’open data fleurissent, comme l’a remarqué récemment l’'ONG française LiberTIC, qui vient de publier une carte de ces projets. Cette carte a été élaborée à partir de la veille de l'ONG ainsi que des contributions d'internautes ayant identifié les projets, en cours ou réalisés, de mise à disposition de données publiques transversales.
  • Autre constat de LiberTIC: le développement de mouvements citoyens en France tels que la Lettre ouverte aux élus d’Indre-et-Loire, ou le collectif lyonnais opendata69, qui interpellent les collectivités sur le sujet. Petit bémol méthodologique dont est consciente l’ONG, la carte n'illustre pas la qualité des démarches de mises à disposition de données publiques qui varient pourtant d'une initiative à l'autre. 

Le web est un outil puissant pour le débat démocratique

  • En Belgique, L’Université catholique de Louvain réfléchissait récemment aux rapports qu’entretiennent Internet et débat démocratique. Trois invités étaient à l’honneur. France Misselyn, d’Amnesty International, saluait l’impact du web qui a facilité la mobilisation des 3 millions de membres et sympatisants de l’ONG. Sans nier l’apport considérable d’Internet pour le débat démocratique, l’intellectuel suisse Daniel Cornu s’inquiétait d’un certain « désordre (…) par rapport à des institutions mais aussi par rapport à des personnes  » qui peut ressortir de lan tournure « libertaire » des conversations en ligne. De son côté, Solange Lusiku, éditrice du périodique congolais Le Souverain, rappelait qu’Internet est encore loin de pénétrer toutes les régions du monde ce qui en limite l’impact démocratique dans ces mêmes zones.
  • On peut, plus précisemment, se poser la question de l’apport démocratique des réseaux sociaux. En France, où plus des 2/3 du gouvernement est présent sur Twitter, l’enthousiasme de la classe politique vis-à-vis de ce réseau reste à modérer, par appréhension technique ou par crainte de ne plus maîtriser son image.
  • Cette appréhension pourrait être d’ordre culturel. Comme le remarque Jonathan Pinet, consultant en agence de communication, les politiques sont des enfants de la télévision et restent ancrés dans sa logique « top down ». Ils ont du mal à intégrer les codes des réseaux sociaux et leur logique interactionnelle. Pourtant, se priver de Twitter, c’est sans doute se priver de la possibilité de rétablir des liens de proximité avec les citoyens.

L’initiative : San Francisco améliore son gouv 2.0

  • La Commission d’Ethique de San Francisco lance son interface de base de données des lobbyistes API (Application Programming) permettant aux développeurs web d’accéder au dépôt local de renseignements lobbyistes de la municipalité.
  •  Depuis Janvier 2010, les lobbyistes enregistrés auprès de la Commission d‘Ethique sont tenus de déposer des déclarations mensuelles d'information électroniques notamment des informations de contact, dépenses d'activité, contacts des agents publics, les contributions politiques etc. L’ensemble de ces données est accessible sur le site web de la Commission d’Ethique mais n’étaient  jusqu’à présent pas formatées pour être exploités par les développeurs.
  • Initié par Adriel Hampton, le sujet était au cœur d’un hackaton organisé en décembre dernier et au cours duquel Les participants avaient regretté de ne pouvoir accéder à la base de données complète de l'activité des lobbyistes locaux.

Les chiffres 

  • 14% : c’est le nombre de députés français non présents sur le web, d’après  une étude d’Elus 2.0
  • Alors que plus de 20 millions de Français possèdent un compte Facebook, 54% des députés n’y sont pas présents. Ils sont 78% à ne pas disposer de compte Twitter.
  • Seuls 4 députés sur 575 ont fait développé une application mobile permettant aux citoyens d’interagir avec eux. C’est extrêmement peu, quand on recenserait près de 18 millions de mobinautes en France, où les smartphones continuent leur percée.