Forçats et négriers : plan de situation de la twittosphère média

Par La Netscouade L'agence
le Jeu 11 Juin
20 commentaires

Forçats et négriers : plan de situation de la twittosphère média

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La presse en crise se passionne pour Twitter. Au cours du mois écoulé, le site du Monde évoque par exemple le service de micro-blogging à 40 reprises, et titrait le 10 juin "Le réseau Twitter émerge comme source d'information pour les médias". L'usage de Twitter par les journalistes fait l'objet de pas mal de fantasmes et de quelques polémiques ; c'est aussi l'un des supports privilégiés du débat sur l'avenir de la presse et, tout récemment, sur le métier de journaliste dans une rédaction "en ligne".

 

Tout naturellement, les journalistes sont nombreux sur Twitter. Ils veillent, s'y informent et partagent leurs sources sur l'économie de l'information autant qu'ils socialisent sur le réseau, où sont particulièrement nombreux les membres des rédactions de médias en ligne. Nombreux aussi, les observateurs et analystes des mutations de la presse sur internet.

 

Télécharger la carte (juin 2009 / PDF)

 

A force de le côtoyer, l'idée nous est venue d'examiner de près ce petit monde en procédant à l'examen des relations entre journalistes et analystes sur Twitter pour y valider quelques hypothèses :

 

  1. Sur Twitter, c'est bien connu, tout le monde suit tout le monde. Du coup, il est difficile de retirer beaucoup de sens des relations de suivi à suiveur. Pourtant, si on observe un univers aussi homogène que le monde de la presse en ligne, peut-être réussirons-nous à révéler des relations significatives entre acteurs ;
  2. Une poignée d'analystes, journalistes ou non, échangent en continu leurs informations et observations sur les mutations de la presse ; très suivis, ils ont tout pour se retrouver au cœur de la twittosphère média ;
  3. Les "forçats de l'info", jeunes rédacteurs des médias en ligne, font-ils front commun sur Twitter ? Et les "négriers", comme se présentent leurs patrons depuis le fameux article de Xavier Ternisien ?

 

Pour en savoir plus, nous avons exploré systématiquement les listes de "friends" d'une sélection de 50 journalistes et analystes, que nous avons recoupées. Premier enseignement : les personnes les plus suivis par les journalistes sont eux-mêmes des journalistes et de "pure players" : @vincentglad (Vincent Glad) chez Slate depuis quelques jours, @pierrehaski (Pierre Haski) est l'un des rédacteurs en chef de Rue89, et @benoitraphael (Benoît Raphaël) est le maître d'oeuvre du Post.

 

 

Classement des 10 personnes les plus suivies par les journalistes

Rang Gazouilleur Classement
1 vincentglad 117
2 pierrehaski 104
3 benoitraphael 102
4 versac 98
5 nicolo 94
6 StevenJambot 92
- johanhufnagel 92
8 nk_m 89
9 nicolasvoisin 88
- rue89 88

 

Pour en savoir plus, nous avons représenté les relations réciproques entre journalistes et analystes sur un graphe, sur lequel les profils se positionnent en fonction des liens qu'ils échangent, et où se distinguent nettement quelques groupes.

 

D'abord, les "analystes". Ils sont plutôt suivis mais surtout se suivent entre eux, toujours à l'affût. Ils partagent sur Twitter leurs sources et leurs prophéties sur l'avenir de la presse et du link journalism.

 

Twitter analystes

Les analystes

 

De plus en plus nombreux sur Twitter, les "négriers" constituent un autre regroupement bien distinct et central de la carte. Plus proches entre eux que des membres de leurs rédactions, ils partagent leurs analyses, assurent le service après-vente de l'information, ou se contentent d'être là.

 

Twitter journalistes

Négriers ?

 

Parmi ceux là, quelques évangélistes : on imagine bien @mikiane et @pierrehaski, deux gazouilleurs d'élite, sensibiliser leurs équipes aux promesses de Twitter : ils apparaissaient, le 10 juin, en tête de micro-réseaux encore peu liés au reste de la twittosphère média.

 

Twitter Rue89

Autour de Rue89

 

Twitter France 24

Autour de mikiane

 

Qu'est-ce qu'un "forçat de l'info" ? Les soutiers de la presse en ligne se fondent dans le nombre des journalistes qui animent ce secteur de la twittosphère. Mais les "aspirants-forçats" et les "forçats-stagiaires", tous "digital natives", constituent un bloc particulièrement dense autour de @misspress, organisatrice du débat des forçats, de @StevenJambot et de @iValerio. Cependant, ils restent bien intégrés parmi les "vrais" journalistes : il y a sur Twitter une vraie perméabilité des classes.

 

Twitter étudiants

Apprentis forçats

 

Alexandre Léchenet @alphoenix

Matthieu Lerondeau @aimeaile

Houla ya du monde ! bonjour messieurs dames
Juste une question : avec quoi est ce que lle crawl a été réalisé
Un et tout petit com : forçats et négriers, c'est bien loin des indegrees and co ! :-)

Sinon, ça veut dire quoi que d'être forçat et négrier sur Twitter ! C'est un concept ? ;+)

Suis-je forçat ou négrier sur Twitter ?

Bravo pour cette carte !

Je vous invite également à mettre en ligne le fichier de graphe GEXF pour permettre à d'autres personne d'utiliser Gephi, qui est un logiciel libre téléchargeable ici, et ainsi produire des analyses sous d'autres angles à partir des mêmes données.

Effectivement, la légende peut sembler discutable. Nous avons tenter d'éclairer par la couleur la différence entre analystes et autres journalistes (ou non, comme Guy Birenbaum, qui tient à le faire savoir) ce qui n'exclue pas que les analystes ne soient pas journalistes.
Ceux que nous appelons analystes sont ceux qui parlent presque exclusivement l'économie de la presse en ligne

Amusant vos couleurs : les "analystes" Eric Scherrer, Philippe Couve, Benoît Raphaël, Gilles Bruno, Philippe Gammaire, etc., ne seraient donc pas journalistes ? :-))

Bravo pour cette carte !

Je tiens juste à préciser que Gephi est désormais édité par l'Association Gephi. Comme c'est un logiciel libre, tout le monde peut le télécharger sur http://gephi.org, se former brièvement avec le getting started et les tutoriaux, et nous poser des questions sur le forum.

Par ailleurs, je vous encourage vivement à mettre en ligne votre dataset au format GEXF pour que d'autres personnes puissent explorer et manipuler le graphe dans Gephi et ainsi, peut-être, proposer leurs propres analyses de ces données.

Et juste pour finir, en réponse au commentaire d' "agacement", ce nombrilisme qu'il dénonce sur Twitter me semble finalement, au moins pour l'instant, à la vocation de Twitter et à l'utilisation que nous en faisons, plus un outil de veille et d'échanges entre acteurs concernés par les mêmes sujets, qu'un outil "journalistique" qui a vocation à informer un plus grand public.

Bravo la Netscouade, très intéressant ce graph je trouve :)

Dès mon inscription à Twitter, j'ai fait le choix d'utiliser cet outil pour le boulot, contrairement à Facebook par exemple, et donc de bloquer mon profil. Cela m'a permis au bout du compte de suivre et d'être suivi, principalement, par des acteurs avec lesquels il me semblait intéressant d'inter-agir : web-journalistes, web agency, web-politique. Je refuse en général la majorité des demandes, ce qui me fait une bulle moyenne sur le graph, mais que je trouve plus efficace dans mon utilisation quotidienne. Et finalement ce graph reflète bien, côté web-journalistes, l'univers que je me suis construit, je trouve cette résonance intéressante donc.

Par ailleurs sur le plan égotique, et si la présence géographique à un sens, le fait de me retrouver plutôt du côté analyste, à la frontière entre les univers bleu et jaune, me séduit assez car elle est assez représentative de mon job, moins journalistique mais plus axé sur la réflexion et le développement stratégique du site de Marianne.

Voilà du foin à donner à Halimi et autres détracteurs de la presse. Mais qu'est-ce que c'est que cette branlette journalistico journalistique ?
Du stagiaire étudiant au vieux briscard, tout le monde lorgne sur tout le monde, dans une grande communauté fermée et centrée sur elle même. La preuve : l'ignorance du reste, et l'accueil fait aux étudiants pas encore journalistes mais déjà dans les réseaux des écoles.

Y a vraiment des mecs qui se lancent des fleurs d'une façon vraiment originale.

Établi autour d'une cinquantaine de comptes twitter connus de journalistes (pour les suivre), nous avons étendu le corpus par une investigation parmi les personnes suivies par ce corpus de base en cherchant les journalistes, aidés en partie par la liste établie par Nicolas Gosset et par une vérification manuelle sur des comptes que nous avions déjà "croisés" sur Twitter. Évidemment, la liste n'est pas exhaustive et la sélection des analystes non plus, surtout que celle-ci est un peu plus partiale. Nous avons ensuite gardé les personnes présentes sur le graphe sont celles dont il existait au moins deux liens avec d'autres personnes. Enfin, pour présenter un graph un peu plus clair, nous n'avons gardé que les liens mutuels (je te suis et tu me suis) prenant cette relation comme un signe évident de lien. Les personnes qui ont permis de générer ce graphique sont donc celles qui y sont présentes.

Pourquoi les journalistes ? Parce que l'ensemble du twitterverse francophones est très large et qu'il fallait bien commencer par un bout. Et comme la question du journaliste web est quelque chose dont on parle en ce moment, c'est le bout que nous avons choisi.
Il apparaît, et cela ne vient pas d'un choix particulier de notre part, que la population de journalistes n'est pas vraiment internationale. Peut-être qu'en ajoutant des "analystes" fracophones tels @davanac, responsable du RTBFLabs en Belgique, notre panel s'étendrait aux delà des frontières.

Le classement que nous proposons est plutôt un outil de suggestion pour trouver des personnes très suivies qu'un outil qualitatif qui récompenserait tel ou tel gazouilleur. En cela nous nous inspirons du travail de Dave Winer qui avait proposé une liste des gens suivis par les gens de chez Twitter, ainsi que ceux suivis par les gens du New York Times.

Le graphe est généré grâce à l'outil Gephi, développé par l'association WebAtlas. Les noeuds sont organisés en fonction des liens entrants et sortants, rapprochant ainsi ceux qui se suivent entre eux et éloignant ceux qui ne se suivent pas. La taille des cercles dépend elle du nombre de liens entrants, c'est à dire du nombre de personnes qui le suivent. Plus ils sont nombreux à l'intérieur du graphe, plus le cercle est grand.

Bonsoir Alexandre, Mathieu...et Benoît!

et donc... je peux avoir un badge, à mettre sur mon blog, "Je suis en jaune sur la CartoTwit de la Netscouade" ???? :-)

coucou à @davanac que je suis depuis longtemps!

@manhack : tu lis dans mes pensées... ;-) J'ai posé la question à Benoît Thieulin. Sur Twitter, comme il se doit ! Et en privé, on a sa pudeur.
L'autre question que je me posais, nombriliste, à part la couleur et le lieu, c'est aussi la distinction centre / périphérie (fonction du nombre de liens, mais que représentent-ils : les conversations, les follow mutuels ?) en ce qui me concerne.
C'est une idée au c'est un outil Linkfluence ?

Pour prolonger la réflexion d'enikao : on pourrait en savoir plus sur votre méthodologie, avoir les "sources" de votre étude, la liste de votre sélection de 50 journalistes et analystes que vous avez recoupées ?

En attendant le wikio-like de Twitter...

Ce classement et tous les tweets qu'il génère chez les concernés et les autres démontre bien un certain nombrilisme qui alimente les conversations de certains web journalistes sur Twitter.

Dernier avatar,les futiles mais innombrables tweets sur le dîner des rédacteurs en chef de sites web.

Dans des discussions media-centrees,les prophéties en tous genre sur l'apocalypse,forcément inévitable,de telle ou telle façon de faire y côtoient de fumeuses théories, de préférence élaborées hors-sol.C'est simplement saoulant parfois,parlez plus du monde au dehors les gars,vous savez le faire tres bien dans votre job en plus.

Ce classement et tous les tweets qu'il génère chez les concernés et les autres démontre bien le certain nombrilisme qui alimente les conversations de certains web journalistes sur Twitter.

Dernier avatar,les futiles mais innombrables tweets sur le dîner des rédacteurs en chef de sites web.

Dans des discussions media-centrees,les prophéties en tous genre sur l'apocalypse,forcément inévitable,de telle ou telle façon de faire y côtoient de fumeuses théories, de préférence élaborées hors-sol.C'est simplement saoulant parfois,parlez plus du monde au dehors les gars,vous savez le faire tres bien dans votre job en plus.

Tiens, je serai curieux de voir où je serai classé ? ;-) Forçat, analyste, jaune au milieu du bleu ou l'inverse ?

mi-cro-cosme

Bien vu, @davanac ! Nous sommes partis d'un corpus de journalistes et analystes français, que nous avons étendu à leurs friends et followers... avant de le réduire aux profils les plus suivis. Le web n'a pas de frontière, mais il faut reconnaître que, sur Twitter, les journalistes français parlent aux journalistes français ; cette impression est renforcée par notre choix de ne prendre en compte que les relations symétriques. La twittosphère francophone au prochain numéro ?

juste pour savoir. Votre enquête porte-t-elle uniquement sur des personnes géographiquement situées en France ou bien avez-vous tenu compte de l'absence de frontières physiques sur le web et pris en considération d'autres acteurs francophones (genre des Suisses, des Canadiens ou des Belges :-) ?

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