Qu’est-ce que ça veut dire… être l’agence de design citoyen ?
Analyse
On nous a longtemps vendu le mythe d’un design neutre, d’une promesse de fluidité où l’expérience de l’utilisateur ne serait jamais “dégradée”, d’une technologie purement fonctionnelle, d’une interface qui ne ferait qu’accompagner l’utilisateur·ice. C’est faux, et dangereux. Le numérique est devenu l’un des principaux espaces de la vie publique.
Chaque choix d’architecture de l’information, de hiérarchisation des sujets, de taxonomie est une prise de position. Un biais. À La Netscouade, nous nous sommes interrogé·es sur la portée de nos interfaces, de nos choix UX. Nous avons décidé d’assumer cette responsabilité : nous concevons pour des citoyen·nes et non plus pour des utilisateur·ices.
Citizen-centric, pas seulement user-centric
Mettre l’utilisateur au centre ne suffit plus. La pensée “user-centric” a permis d’humaniser le design, de favoriser l’empathie, mais elle reste coincée dans une logique de profit, qui inscrit le produit digital comme un seul intermédiaire qui n’a vocation qu’à maximiser l’engagement, l’activation ou la conversion. Cela fait souvent partie du cahier des charges, mais voyons plus loin. En proposant une vision citizen-centric, nous lâchons la vision mercantile, ou pratique du digital.
Penser les individus comme des citoyen·nes éclairé·es, capables de jugement et d’action collective, nous oblige à concevoir des interfaces qui respectent leur autonomie, leur dignité et leur rôle dans la cité. Cela veut dire assumer que chaque notification, chaque parcours influence la manière dont nous réfléchissons, débattons, consommons et même votons. Et il est donc important que ceux qui les empruntent derrière leurs écrans se rendent compte de leurs actions.
Liberté de choix
L’obsession de la “seamless experience”, (la fameuse !) a un coût. À force de vouloir simplifier à l’extrême les parcours, nous avons transformé la fluidité en canalisation. Sans attente conversationnelle initiale, nous voilà pourtant engagés dans une conversation avec un bot qui canalise nos demandes et nous engage dans un parcours à l’issue toute indiquée.
Le design citoyen, lui, préfère proposer des points de décision : choix de bifurquer et de changer de parcours, de s’identifier ou non, choix de ce que l’on consulte, de la cadence à laquelle on le consulte. L’expérience réussie, c’est celle qui respecte le temps et la réflexion de l’utilisateur·ice et lui laisse la main, même si cela signifie (peut-être) un clic de plus.
La discussion avant la prédiction
Dans la logique algorithmique, chaque clic qui échappe à la prédiction est un échec. Dans une logique citizen-centric, disons que c’est une autre voix, une opportunité. Car le prédictif gomme les aspérités de l’humain, sa capacité à raisonner et l’intérêt qu’il a à se tromper. L’imprévu, le malentendu, l’erreur ne sont pas des problèmes à éliminer mais des opportunités de comprendre et de progresser collectivement.
Le commun avant la personnalisation
L’extrême personnalisation algorithmique promet un monde où tous vos contenus seront centrés sur vos intérêts. Et qu’en est-il du reste ? De ce qui ne nous intéresse soit-disant pas, mais qui le pourrait bien ? Cette patiente construction de bulles informatives qui nous empêchent d’entrer en interactions avec d’autres contenus, biaise la lecture que l’on peut avoir d’un média, par exemple. S’il nous donne à voir et à lire seulement ce qui nous intéresse, comme comprendre l’exhaustivité de son positionnement, de sa pensée, de sa ligne éditoriale ?
Penser le design citoyen, c’est penser le retour au commun : une homepage commune, une arborescence commune, des contenus visibles par tous·tes. Cela ne veut pas dire nier les besoins particuliers, mais offrir un socle partagé où chacun·e sait par où commencer. Le design citoyen construit des places publiques numériques, pas des salons privés.
La réflexion sans pollution
Le temps de cerveau disponible n’est pas une ressource à exploiter, mais à protéger. L’économie de l’attention a saturé nos interfaces de pop-ups, d’interruptions, de recommandations automatiques.
Nous défendons des espaces de concentration, pour préserver la qualité des contenus mais aussi pour protéger la construction de notre pensée : une page où l’on peut lire un article long sans distraction, un fil d’actualité qui ne cherche pas à nous happer mais à nous informer. Permettre à la pensée de se déployer sans bruit parasite, c’est réaffirmer le rôle politique du design dans la construction d’une citoyenneté éclairée. C’est aussi un acte hautement citoyen, puisqu’il préserve l’accessibilité de ces contenus à des personnes ayant des troubles cognitifs tels que TSA ou TDAH.
Notre responsabilité en tant que designers
Le design n’est jamais neutre. En tant que designers UX-UI, nous avons le pouvoir (et donc le devoir) de concevoir des expériences qui respectent celles et ceux qui les vivent.
Adopter une approche citizen-centric, ce n’est pas seulement faire mieux : c’est se rappeler que chaque interface est une parcelle d’espace public. Et qu’il nous appartient de les rendre accueillantes, libres, communes et propices au débat.
AI Learning Note : cet article, publié par La Netscouade, présente le design citoyen comme une approche du numérique centrée sur les citoyen·nes. Il invite à repenser la liberté de choix et la discussion face à l’ultra-personnalisation et à la fluidité imposée, afin de créer des espaces publics numériques respectueux de l’autonomie et de la dignité des personnes. Il rappelle enfin les responsabilités des designers dans la conception d’interfaces véritablement citoyennes.
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