Rencontre avec Sébastien Roumegous : CEO de BIOSPHÈRES

Interview

Sébastien Roumegous, CEO de BIOSPHÈRES et Top Voice LinkedIn, fait partie des 10 leaders mis en avant dans l’étude réalisée par La Netscouade sur les prises de parole des dirigeants agri-agro.

Sa signature ? Des posts techniques, précis et concrets sur les enjeux et bénéfices de l’agroécologie, valorisant les actions déployées sur le terrain par BIOSPHÈRES. Il compte aujourd’hui une communauté de plus de 36 000 abonnés et nous en dit plus sur sa démarche éditoriale.

Avant de commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai un parcours un peu atypique. J’ai été élevé dans un milieu agricole, avec une partie de ma famille qui est agriculteur·rice, et j’ai moi-même travaillé sur l’exploitation familiale pendant longtemps avant de la reprendre à la fin de mes études d’ingénieur agronome. 

J’ai créé BIOSPHÈRES en 2020 avec l’objectif de démocratiser la transition vers l’agroécologie à grande échelle, en accompagnant de très grands groupes à travers la formation agricole, la recherche et le conseil. L’entreprise est aujourd’hui implantée dans 22 pays.

Quelle est votre perception de LinkedIn et qu’est-ce qui vous motive à y prendre la parole ?

Cela a commencé par hasard. J’ai créé mon compte LinkedIn car je trouvais qu’il y avait très peu d’informations qualitatives sur l’agroécologie. À l’époque, tous les experts sur le sujet m’ont dit que je faisais des posts trop techniques et que cela ne marcherait pas, mais j’ai souhaité continuer dans cette voie car j’étais énormément sur le terrain auprès des agriculteurs et cela permettait de raconter les dispositifs déployés.

Je rédigeais mes posts dès que j’avais un peu de temps et, petit à petit, j’ai réussi à fidéliser un premier cercle de 1 000 puis 2 000 abonnés, et cela a continué à prendre de l’ampleur.

À ce moment-là, mon compte LinkedIn était surtout un canal business puisque 70 % de mes demandes clients provenaient de la plateforme. Aujourd’hui, c’est différent parce que nous avons une notoriété multicanale et surtout beaucoup de bouche-à-oreille.

Dans un flux de contenus particulièrement dense sur LinkedIn, quelle est selon vous la recette d’une prise de parole impactante ?

Je pense que la recette, c’est l’authenticité. Et d’ailleurs, ce qui m’agace de plus en plus sur LinkedIn, c’est ce concept de virtue signalling qui est en train de s’intensifier, avec une certaine                                    « Facebookisation » du réseau : résultat, moins de contenus informatifs et plus de sensationnel. C’est terrible. On devrait interdire certaines publications. Mais en fait, c’est ce que veulent les gens, malheureusement. Par exemple, tous ces gens qui se prennent en photo et parlent de leur enfance pour attirer le chaland. Je ne ferai jamais ça. Pour moi, l’authenticité, c’est surtout dire des choses qui sont utiles, et pas juste des choses pour soi-même.

Quels sont les ingrédients de votre stratégie de contenu ?

Je n’en ai pas réellement. Je poste et puis, vaille que vaille. Avant, mes publications reposaient sur des choses techniques que j’avais faites dans la journée. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, je suis beaucoup plus éloigné du terrain, malheureusement. En même temps, on ne peut pas faire grossir une entreprise à l’échelle mondiale et rester sur le terrain. J’ai donc revu la manière de produire mes contenus en capitalisant un maximum sur mes déplacements pour continuer à raconter cette réalité du terrain qui est essentielle. 

Même si je remarque que lorsque je fais des publications très émotionnelles, le reach est plus important que celui des publications plus techniques, mais je n’accorde pas une grande importance aux performances.

Quel rôle votre page personnelle joue-t-elle dans la stratégie de communication globale de l’entreprise BIOSPHÈRES ?

Nous avons décidé d’opérer une forme de séparation entre le dirigeant et l’entreprise, parce que l’entreprise s’est fortement développée et est devenue une entité à part entière. Je poste des contenus que l’entreprise peut ensuite relayer. L’objectif est d’inciter les personnes qui suivent mes contenus à identifier BIOSPHÈRES et à se rendre sur sa page.

Dans notre étude, nous avons remarqué que la thématique « valeurs et missions d’entreprise » était dominante. Quelle est votre approche sur ce sujet ?

Pour ma part, j’en fais très peu. Pour moi, le rayonnement de ce que l’on fait sur le terrain suffit. De temps en temps, je peux m’exprimer sur les valeurs, mais c’est très rare et c’est une volonté.

Selon moi, quelqu’un qui a des valeurs n’a pas besoin de les dire. Cela rayonne dans ses actions et dans ce qu’il fait. Cela a toujours été notre positionnement et cela le restera.

On ne crée pas une religion. L’agroécologie, c’est une science et une technique, c’est le réel. Donc on n’a pas besoin de créer des mouvements. Nous sommes un outil au service de la restauration du lien entre la nature et l’économie. D’ailleurs, je pense que c’est ce que les gens aiment chez nous : ils savent que s’ils nous font intervenir, cela fonctionne. Nous, on est le « Bosch ». Nous souhaitons utiliser notre énergie à faire et à faire de mieux en mieux, plutôt qu’à communiquer pour rien.

Auteur·ice

Aurélia Absalon

Directrice de projet - Elle accompagne les acteurs du secteur alimentaire dans leurs stratégies de contenus digitaux. Son parcours mixte, en agence et chez l’annonceur, lui a permis de développer une connaissance fine et concrète du monde agricole et agroalimentaire

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